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Des vaches pour Khatchen – un roman
Des vaches pour Khatchen – un roman, à suivre.
Nous avons commencé par huit vaches pour Khatchen, pour les familles qui avaient perdu un parent dans la guerre. Il fallait trouver l'un des plus justes critères pour apporter une petite aide aux gens nécessiteux. Cette liste des huit familles avait bientôt déséquilibré le système de la précarité du village. „Pourquoi ne suis-je pas sur cette liste?“ c'était le cri d'une trentaine d'autres familles.

L'assemblée générale du village pour trouver d'autres critères justes a eu par moments l'air d'une petite révolution. Je suis sorti de cette assemblée tumultueuse (la première réunion démocratique post-soviétique pour le village!) muni d'une liste de quarante nécessiteux, les poches vides, avec une promesse de ma ferme volonté de faire tout mon possible, et surtout avec la foi des enfants de Dieu qui ont pour modèle les lys des champs et les oiseaux du ciel pour ne pas se soucier du lendemain.
J'ai rencontré les anges qui nourissent ces oiseaux et le pauvre pélerin en route très tôt en Arménie: Deux cars de voyageurs de SPFA auquels j'ai tout simplement raconté l'histoire de la liste. Le soir même il y avait l'argent pour une vingtaine de vaches, des donateurs et des donatrices avaient ouvert leur coeur et leur bourse.
Maintenant nous avons donné quarante vaches aux nécessiteux. Une vache est morte, une propriétaire a déménagé, l'argent pour une vache a été transformé en installation d'une gazinière pour la famille de Guennja qui ne peux pas élever de bovin. Restent 38 bêtes. Nous avons fait un contrat stipulant qu'on nous donnera le premier veau de six mois. En six mois on voulait aider le village à former une „coopérative“, une ferme qui recevrait les 38 veaux. En tous cas nous voulons poursuivre notre programme de vaches pour aider les gens d'une manière ou d'une autre.
Cette idée de la coopérative est excellente, mais elle vient trop tôt et elle ne semble pas être réalisable pour le moment. Dans un peuple où il y n'y a que ma Famille et ma Nation, et où entre ces deux pôles les autres structures sont très peu développées – à cause d'une histoire cruelle – on ne peut pas importer des formes de collaboration qui fonctionnent chez d'autres dont l'histoire a été moins destructive.
Pour gagner un peu de temps nous avons dit: Donnez-nous votre deuxième ou bien votre troisième veau. Les gens étaient d'accord. Mais petit à petit les veaux grandissaient. Un bon fermier aime son bétail. Et il y avait de nouveau l'avertissement fatidique d'un système social déséquilibré: L'un donne un premier veau, l'autre un troisième, encore un autre l'oublie peut-être? Quoi faire?
Les gens nous ont demandé après une réflexion commune: Pouvons-nous vous rendre l'équivalent d'un veau de six mois en argent? Vous pourriez avec cela acheter d'autres veaux plus tard quand vous en aurez besoin. Nous avons dit oui.
Nouvelle question: Pourrons-nous vous donner cet argent un peu plus tard, vers le début de l'hiver? Nous avons dit que c'était possible. Mais après j'ai quand même demandé pourquoi. La réponse: Après le temps du pâturage le bovin rapportera beaucoup plus qu'un simple veau. On pourra rendre le prix d'un veau et garder un surplus.
Donc tout le monde gagne: Les propriétaires, mais nous aussi, et les villageois ont trouvé une décision commune, un pas en avant vers une solidarité qui aboutira un jour peut-être à une coopérative.
Dernier coup de théâtre: Je me suis renseigné sur place de la vente des bovins. Personne n'a vendu ni génisse ni taureau. Ils veulent tous garder leurs bêtes. Ils ont vendu le lait, ils ont gagné le prix du veau, ils remboursent, c'est le fruit de leur travail, ils ne sont pas des mendiants, ils gardent leur dignité. Donc: un bon fermier aime ses bêtes.
Comme le dit déjà l'Ancien Testament, proverbe mis en musique par Johannes Brahms: „Le juste a pitié de son bétail“.
Volkmar Jung
Pasteur
Article du : 28 Oct 2007. Auteur : volkmar jung
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