Le cannabis pour la douleur nerveuse étudié

« Fumer du cannabis à partir d’une pipe peut réduire considérablement la douleur chronique chez les patients avec des nerfs endommagés », a rapporté la BBC. Il a ajouté que des améliorations dans le sommeil et l’anxiété ont été observées.

Ce reportage est basé sur un petit essai contrôlé randomisé chez 23 personnes, qui ont trouvé qu’une faible dose de cannabis inhalé (inférieure à celle nécessaire pour provoquer l’euphorie ou une «forte») amélioration modérée de la douleur chez les patients souffrant de douleurs neuropathiques.

C’est une étude bien menée, mais sa petite taille signifie qu’il n’est pas possible de dire si les résultats démontrent une réelle association entre le cannabis et le soulagement de la douleur, ou s’ils sont dus au hasard.

Plus de recherches dans de plus grands groupes de personnes sur une plus longue période de temps est nécessaire pour voir si les effets du cannabis pour ce type de douleur peuvent être reproduits. De plus, il existe des problèmes de santé liés à l’usage du cannabis fumé, y compris des problèmes de santé mentale et des dommages aux poumons.

Il est important de souligner que le cannabis est un médicament de classe B, qu’il est illégal de posséder ou de fournir, et qu’il n’est pas homologué sous aucune forme à usage médical.

D’où vient l’histoire?

L’étude a été réalisée par des chercheurs de l’Université McGill, Canada, et a été financée par les Instituts de santé du Canada. L’étude a été publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne (révisé par des pairs).

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Cette recherche a été bien couverte par The Daily Telegraph et la BBC, bien que l’étude n’ait trouvé aucune preuve d’effets sur l’anxiété ou la dépression, comme le suggère le télégraphe.

De quel type de recherche s’aggissait-t-il?

Cet essai contrôlé randomisé a examiné si le cannabis peut soulager la douleur neuropathique (névralgie) – douleur intense causée par l’activité anormale des cellules nerveuses. Divers événements peuvent déclencher la douleur neuropathique, y compris la chirurgie, le traumatisme ou le zona.

Les chercheurs disent que bien qu’il existe des traitements médicamenteux pour la douleur neuropathique, tels que les anticonvulsivants, les antidépresseurs, les opioïdes et les anesthésiques locaux, leur efficacité varie entre les patients. Certains patients sont rebutés en les prenant à cause d’effets secondaires désagréables. Ils disent qu’il existe des preuves anecdotiques que le cannabis soulage la douleur neuropathique chronique et améliore le sommeil. Les chercheurs ont voulu étudier si ces effets rapportés pouvaient être reproduits dans des conditions expérimentales contrôlées.

Ce type de conception d’étude est le moyen le plus approprié de déterminer si un médicament est efficace. Cependant, il s’agissait d’un très petit essai sur seulement 23 personnes, il n’est donc pas possible de conclure que les résultats sont uniquement dus au hasard.

Qu’est-ce que la recherche implique?

L’étude a recruté des personnes ayant souffert de douleurs neuropathiques pendant au moins trois mois à la suite d’un traumatisme ou d’une intervention chirurgicale. Les participants ont classé leur niveau actuel de douleur sur une échelle de 10 points, et les patients rapportant une intensité de la douleur supérieure à quatre ont été inclus. L’étude a exclu toute personne dont la douleur était attribuable au cancer, à toute personne atteinte d’une maladie cardiaque ou pulmonaire et à toute personne ayant un problème de toxicomanie, des antécédents de troubles psychiatriques ou une grossesse. Au total, 23 personnes étaient admissibles à participer à l’étude.

L’effet de la consommation de cannabis avec l’ingrédient actif tétrahydrocannabinol (THC) a été comparé à la consommation de cannabis dans lequel le THC avait été retiré (le contrôle). Différentes puissances de THC ont également été comparées les unes aux autres. Les participants n’ont pas été informés du traitement qui leur avait été administré.

Le cannabis témoin qui contenait le THC a été fourni aux chercheurs par le National Institute of Drug Abuse des États-Unis. Les doses de cannabis ont été préparées en mélangeant les fleurs et les feuilles de la plante pour faire trois différentes puissances du médicament actif (2,5%, 6,0% et 9,4% de THC).

Les doses de cannabis ont été administrées sous la forme d’inhalations uniques fumées prises à l’aide d’un tuyau. Les participants ont été invités à inhaler pendant cinq secondes pendant que le cannabis était allumé, à retenir la fumée dans leurs poumons pendant 10 secondes, puis à expirer. Les patients ont été observés en prenant la première dose. Ils ont ensuite pris les doses suivantes à la maison, trois fois par jour pendant cinq jours. Après 14 jours, les participants ont échangé des traitements pour que ceux qui avaient reçu le cannabis sans THC reçoivent du cannabis contenant le médicament actif. Et ceux qui avaient reçu du cannabis actif ont ensuite reçu le placebo ou une dose différente de traitement au cannabis.

Au total, les participants ont eu quatre cycles de traitement où ils ont reçu des doses de 0%, 2,5%, 6% et 9,4% de THC. Tout au long de l’essai, les participants ont continué à prendre les médicaments de routine qu’ils prenaient.

Le premier jour de chaque période de traitement, les participants ont été interrogés sur leurs sentiments de douleur et sur la façon dont ils étaient détendus, stressés ou heureux. Leur fréquence cardiaque a également été mesurée et un échantillon de sang a été prélevé. Pendant les cinq jours de traitement ou le placebo, les participants ont été contactés par téléphone et interrogés sur leur douleur, la façon dont ils dormaient, leurs médicaments, et s’ils avaient des effets secondaires. Un échantillon d’urine a été prélevé tous les jours. Le cinquième jour de chaque traitement, un échantillon de sang a été prélevé et on a posé aux participants plus de questions sur leur douleur, leur humeur et leur qualité de vie.

Quels ont été les résultats de base?

L’étude avait examiné 113 participants mais seulement 23 étaient éligibles. Parmi ceux-ci, 21 ont achevé les quatre cycles.

Les chercheurs ont constaté que l’intensité moyenne de la douleur était significativement plus faible sur le cannabis à 9,4% de THC (score de 5,4 sur 10) que sur le cannabis à 0% de THC (6,1 sur 10) (p = 0,023). Cependant, aucune autre comparaison entre les différentes doses n’a été trouvée statistiquement significative.

Les participants qui utilisaient du cannabis à 9,4% de THC ont déclaré avoir trouvé plus facile de s’endormir et avaient une meilleure qualité de sommeil que ceux qui prenaient du THC à 0%. Aucune différence d’humeur ou de qualité de vie n’a été observée avec les différentes concentrations de THC.

Parmi les effets secondaires rapportés, aucun n’était sérieux ou inattendu. Les effets secondaires les plus fréquents signalés par les participants lors de la prise de cannabis à 9,4% de THC étaient les maux de tête, les yeux secs, la sensation de brûlure, les étourdissements, l’engourdissement et la toux. La sensation de «haut» et d’euphorie a été signalée une fois dans les périodes de traitement au cannabis de 2,5%, 6% et 9,4%.

Comment les chercheurs ont-ils interprété les résultats?

Les chercheurs ont déclaré que le cannabis à base de plantes contenant 25 mg de THC, administré par inhalation unique trois fois par jour pendant cinq jours, réduisait significativement l’intensité moyenne de la douleur par rapport au placebo chez les adultes souffrant de douleurs neuropathiques chroniques post-traumatiques ou post-chirurgicales. Ils ont également dit qu’il y avait des améliorations dans les mesures de la qualité du sommeil, mais que des études d’innocuité et d’efficacité à long terme sont nécessaires.

Conclusion

Cet essai contrôlé par placebo a révélé que le cannabis contenant 9,4% de THC pouvait réduire la douleur neuropathique par rapport au placebo. Cependant, il s’agissait d’un petit essai avec seulement 23 participants, il est donc difficile de dire si ces résultats démontrent une réelle association, ou s’ils sont dus au hasard. Un essai beaucoup plus vaste serait nécessaire sur une période plus longue pour évaluer les résultats à long terme d’un tel traitement. De plus, il existe des problèmes de santé liés à l’utilisation du cannabis fumé, y compris des problèmes de santé mentale et des dommages aux poumons. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer ces effets secondaires potentiels à long terme.

Les chercheurs disent que leur étude fournit un moyen d’examiner les effets à court terme du cannabis fumé dans un essai contrôlé par placebo. Il est important de souligner que le cannabis est un médicament de classe B, qu’il est illégal de posséder ou de fournir, et qu’il n’est pas homologué sous aucune forme à usage médical.